Lautenbach et sa collégiale vues du belvédère, dans les genêts de mai
Après la boucle au-dessus de Guebwiller, voici sa jumelle. Même parking de départ à Buhl, même vallée, mais un tout autre versant : cette fois le VTT tourne le dos aux vignes et s’enfonce dans les forêts qui dominent Lautenbach. Dix-huit kilomètres, un belvédère dans les genêts, un rocher au nom qui claque et des villages chargés d’histoire. Comme sa jumelle, c’est une boucle que je refais en toutes saisons. La plus belle version reste celle d’un soir de début mai, quand les genêts sont en fleur.
Le départ se donne au parking de l’école de Buhl, rue de l’École, le même que pour la boucle de Guebwiller. Au-dessus des toits, impossible de rater l’église Saint-Jean-Baptiste : une néo-romane massive bâtie entre 1868 et 1899, à une époque où l’essor du textile avait fait tripler la population du village. On a donc reconstruit en grand, très grand pour un village de vallée. Juste en dessous, le bâtiment de la Société de Gymnastique de Buhl porte deux dates en façade : 1903, la fondation de la société, et 1913, l’inauguration de sa salle.
Cette grande église cache un trésor : le retable de Buhl, un triptyque peint vers 1495 dans l’école de Martin Schongauer, sept mètres d’envergure volets ouverts, ce qui en fait un des plus grands triptyques médiévaux conservés d’Europe. Son arrivée ici tient du roman : peint pour un couvent de Colmar fermé à la Révolution, il a été acquis en 1794 par deux habitants de Buhl contre un tonnelet de vin, transporté de nuit et caché dans la famille avant de rejoindre l’église. Il est aujourd’hui classé monument historique, et des visites commentées gratuites sont proposées les dimanches après-midi de juillet et août. Si vous passez dans le coin à ce moment-là, allez-y avant ou après la sortie, ça vaut le détour.
En quittant le parking, on franchit la Lauch au pont du Cordonnier, reconstruit à neuf et inauguré le 1er octobre 2022. La rivière qui coule dessous a donné son autre nom à la vallée : le Florival, la vallée des fleurs. Elle naît vers 1 200 m d’altitude tout en haut de la vallée et rejoint l’Ill aux portes de Colmar, 46,7 km plus loin.
La première partie de la boucle reprend l’itinéraire de sa jumelle : la piste qui remonte la vallée jusqu’à Schweighouse, la chapelle Saint-Gangolphe et sa source, puis la montée régulière jusqu’au col du Bannstein (483 m). Je vous ai raconté la chapelle, son pèlerinage et la pierre de ban du col dans l’article sur la boucle de Guebwiller. C’est au col que les deux itinéraires divergent : celui de Guebwiller file vers le Dreibannstein et les vignes, celui-ci reste en forêt et bascule côté Lautenbach.
Après le col, le parcours perd un peu d’altitude sous les arbres avant de remonter vers le point haut de la boucle. Côté balisage, on enchaîne les marques du Club Vosgien : disque bleu, puis anneau rouge et anneau bleu. Chez le Club Vosgien, la couleur n’indique jamais la difficulté, c’est la forme qui parle. Un disque signale un circuit de plus d’une demi-journée, un anneau un circuit de deux à quatre heures.
La forêt finit par s’ouvrir sur une croupe dégagée, et c’est le moment fort de la boucle : une vue plongeante sur Lautenbach, tout en bas, avec la haute vallée et la crête qui ferme l’horizon du côté du Markstein, là-haut où la Lauch prend sa source. Début mai, les genêts à balais embrasent tout le premier plan de jaune vif. Ces arbustes aiment les sols acides, ils sont donc ici chez eux sur le granite du secteur, et pendant quelques semaines la vallée des fleurs porte magnifiquement son nom.
Le grand vaisseau de pierre qu’on repère tout de suite au milieu du village est la collégiale de Lautenbach, un morceau d’histoire à elle seule. Une première fondation remonte à 810, par Beatus, abbé de Honau. L’église primitive a été détruite vers 1080 par les troupes de l’empereur Henri IV, avant que la communauté ne renaisse en chapitre de chanoines augustins. La nef actuelle date du début du XIIe siècle et son porche-narthex roman, avec ses frises sculptées et sa chapelle haute dédiée à saint Michel, en est la pièce la plus réputée. Classée monument historique depuis 1898, la collégiale figure sur la Route Romane d’Alsace. Seul le clocher est plus récent, refait au XIXe siècle. Vue d’ici, posée au milieu des toits, elle fait une des plus belles images de la boucle.
Le chemin du sommet se faufile ensuite entre deux haies de genêts, et un banc en rondins attend face à la vallée, avec une table d’orientation à proximité pour mettre des noms sur les sommets.
En longeant les hauteurs vers l’aval, le regard porte cette fois dans l’autre sens : Buhl puis Guebwiller étagés dans le fond de vallée, et la plaine d’Alsace qui s’étale au loin.
Puis on arrive au lieu-dit au nom le plus intrigant du parcours : le Chaudron du Diable, à 580 m d’après la plaque ronde du Club Vosgien clouée à un arbre. C’est un petit chaos rocheux perché en belvédère environ 200 m au-dessus de Lautenbach, un des rares affleurements de granite du Florival. Un des blocs est creusé d’un bassin en demi-cercle qui évoque un siège : voilà le fameux chaudron. Une légende locale s’y rattache, dont il ne reste pas grand-chose de précis. Le nom fait le travail tout seul 👀
La descente mène ensuite à Lautenbachzell. Contrairement aux apparences, c’est une commune à part entière, distincte de Lautenbach : la Lauch fait office de frontière entre les deux. Son nom raconte son origine, la « cellule » monastique rattachée à la grande abbaye de Murbach, attestée dès le Moyen Âge. Son église de 1773 se reconnaît de loin à son clocher effilé coiffé d’ardoise, celui-là même qu’on aperçoit depuis le banc du sommet.
Le village abrite une curiosité qui plaira aux familles : le Vivarium du Moulin, un musée vivant installé dans un ancien moulin à farine dont les mécanismes sont encore visibles. Une soixantaine d’espèces d’arthropodes y vivent, mygales, phasmes, fourmilière géante et compagnie. Le tout est né d’un projet d’étudiants en entomologie lancé en 1988, devenu association en 1991. Impossible de rater l’entrée : une mante religieuse géante de 4 m monte la garde sur la façade.
La fin du parcours repart en forêt par le chemin du Geffenthal et contourne le Demberg, la montagne qui domine Buhl de ses 628 m (la boucle reste sagement en dessous du sommet). Ses pentes recèlent des filons de fer connus dès le XVIe siècle, mais qui n’ont jamais été vraiment exploités. La descente débouche ensuite au Rimlishof, une ferme mentionnée dès 1542, du nom de Peter Rimlin, dont le domaine est ensuite revenu à l’abbaye de Murbach. Dans les années 1930, l’endroit s’était réinventé en ferme-hôtel où l’on venait faire des cures de lait et de grand air. C’est aujourd’hui un centre de vacances. Il ne reste plus qu’à franchir le Breitenbachrunz, le ruisseau qui descend de Murbach, puis à se laisser glisser vers Buhl, le clocher de l’église en point de mire jusqu’au parking.
La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle sont sur Visorando, dans la fiche que j’ai rédigée.
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