Au-dessus de Guebwiller à VTT, ma boucle de toutes les saisons

Au-dessus de Guebwiller à VTT, ma boucle de toutes les saisons

16 septembre 2026 0 Par Mickael LEBRET

Ce blog n’avait encore jamais parlé de VTT, voilà qui est réparé. Et pour cette première, pas besoin de chercher loin : la boucle qui part de Buhl, dans la vallée de Guebwiller, est celle que je refais depuis des années, en toutes saisons : c’est ma vallée. Seize kilomètres entre forêt et vignes, un col à pierre de ban, un refuge en rondins et, les bons soirs, les Alpes à l’horizon. Les photos de cet article viennent d’ailleurs de plusieurs années de sorties, de la grande neige de janvier aux vendanges de septembre.

L’école aux crayons géants

Le rendez-vous de départ est toujours le même : le parking de l’école de Buhl, rue de l’École. Le grand bâtiment de grès qui domine la cour a été inauguré en 1911 pour les filles du village, et il porte depuis 1985 le nom de Maurice Koechlin. L’enfant du pays, né à Buhl en 1856, a conçu avec Émile Nouguier le principe structurel de la tour Eiffel, avant-projet et brevet de 1884 à l’appui. Dans la cour trône justement une sculpture qui ne pouvait pas mieux tomber : un pot à crayons géant, trois crayons de couleur dressés vers le ciel, dans l’école de l’homme qui a dessiné la plus célèbre charpente du monde.

Le point de départ : l'école Maurice-Koechlin de Buhl et son pot à crayons géant
Le point de départ : l’école Maurice-Koechlin de Buhl et son pot à crayons géant

Buhl aligne ses 3 100 habitants au pied du Grand Ballon (1 424 m), au cœur du Florival, la vallée de la Lauch, du latin Florigera vallis, la vallée des fleurs. Le nom fleuri ne doit pas faire oublier un passé très industrieux : la Manufacture fondée en 1812 rue de la Fabrique a employé plus de mille personnes vers 1900, avant de fermer en 1935. La vallée entière a vécu du textile, et on va recroiser cette histoire plus loin, jusque dans les vignes.

L’hiver, le décor change du tout au tout. Un après-midi de février, c’est un arc-en-ciel qui enjambait le village. Sur le panneau du premier plan, le Markstein, 19 km plus haut au bout de la D430 : c’est au bout de cette même route que Tadej Pogacar est allé gagner la 14e étape du Tour de France l’été dernier, le 18 juillet 2026.

Arc-en-ciel d'hiver sur Buhl, le Markstein sur le panneau
Arc-en-ciel d’hiver sur Buhl, le Markstein sur le panneau
Buhl sous la grande neige du 14 janvier 2021, au coin de la rue de la Fabrique
Buhl sous la grande neige du 14 janvier 2021, au coin de la rue de la Fabrique

En selle vers Schweighouse

La boucle démarre en douceur, par la piste cyclable qui remonte la vallée le long de la route jusqu’à Schweighouse. Côté aval, cette piste est malheureusement encore discontinue en 2026 entre Guebwiller et Buhl, mais la connexion est prévue à terme. La vallée a eu son train jusqu’en 1969 pour les voyageurs, la ligne de Bollwiller à Lautenbach, avec une gare à Buhl. Aujourd’hui, c’est à vélo que ça se passe, et ce début presque plat fait un échauffement idéal. Le panorama ci-dessous a été pris en selle sur cette piste, à 360 degrés : baladez-vous dedans, la vallée est tout autour.

En selle sur la piste cyclable entre Buhl et Schweighouse, panorama à explorer

Schweighouse, hameau de Lautenbach, a un nom très terre à terre : il s’est développé autour d’une ferme du chapitre de chanoines de Lautenbach où l’on engraissait le bétail, mentionnée vers 1367. À sa sortie, la chapelle Saint-Gangolphe vaut de poser le pied à terre. Bâtie en 1446 par ce même chapitre, elle conserve des fresques qui racontent la vie du saint, et sa fontaine de 1664 abrite une source que la tradition disait miraculeuse. Gangolphe est un personnage de légende dorée : chevalier bourguignon assassiné en 760 par l’amant de sa femme, devenu l’un des saints les plus populaires du Moyen Âge en martyr de la fidélité conjugale (l’office de tourisme le présente plus crûment comme le patron des maris trompés). Le pèlerinage drainait tant de monde qu’un chœur latéral doté d’un grand portail a été ajouté en 1778, pour que les fidèles puissent suivre la messe depuis les prés. La tradition vit toujours : le deuxième dimanche de mai, la fête du saint s’accompagne d’un marché aux coucous, où s’achètent des appeaux en terre cuite imitant le chant de l’oiseau.

La montée au Bannstein

Passé la chapelle, ça grimpe dans le vallon jusqu’au col du Bannstein (483 m). C’est la montée principale de la boucle, régulière et sans excès : les cyclistes du coin parlent plus volontiers d’une bonne côte que d’un vrai col. Le nom mérite un mot : un Bannstein est une pierre-borne qui marquait la limite d’un ban, le territoire d’une communauté. On en retrouvera une autre plus loin, en version triple.

Au col, on quitte le bitume pour la forêt du Schimberg, la montagne du soleil, que la boucle traverse de part en part. Ce massif exposé plein sud a longtemps fait vivre des carrières de grès rose : l’abbatiale de Murbach y a puisé ses pierres, et celles des carrières voisines de Bergholtz sont parties à la fin du XVIIe siècle bâtir la place forte de Neuf-Brisach, expédiées par un canal creusé sous Vauban et alimenté par la Lauch. Un dimanche matin de septembre, j’ai fait voler le drone au-dessus de ces bois : d’un côté le Florival, avec Buhl et Schweighouse au premier plan et Lautenbach un peu plus loin, de l’autre la plaine d’Alsace derrière la lisière du vignoble. Toute la boucle tient dans ces deux images.

Le Florival vu du ciel au-dessus de la forêt du Schimberg, Buhl et Schweighouse au premier plan, Lautenbach un peu plus loin
Le Florival vu du ciel au-dessus de la forêt du Schimberg, Buhl et Schweighouse au premier plan, Lautenbach un peu plus loin
De l'autre côté, la plaine d'Alsace et un village viticole en lisière des vignes, avec Bergholtz-Zell au bord de la forêt
De l’autre côté, la plaine d’Alsace et un village viticole en lisière des vignes, avec Bergholtz-Zell au bord de la forêt

Le refuge du Dreibannstein

La traversée forestière mène au col du Dreibannstein, 530 m d’après le panneau du Club Vosgien. Le nom signifie la pierre des trois bans : c’est ici que se rejoignent les territoires de Guebwiller, Bergholtz-Zell et Buhl. L’endroit est le coin pause tout désigné de la boucle, avec des tables de pique-nique et un refuge en rondins ouvert à tous. Ce petit chalet en fuste a été construit par le Club Vosgien de Guebwiller avec l’aide de bûcherons de l’ONF et inauguré le 8 juillet 2006, en mémoire de Jean-Pierre Loing, qui fut président du club. C’est là que j’ai posé le vélo un soir d’avril 2022, lors de la sortie dont j’ai enregistré la trace pour en faire ma fiche Visorando.

Le refuge en rondins du col du Dreibannstein, le vélo posé à l'entrée
Le refuge en rondins du col du Dreibannstein, le vélo posé à l’entrée
La roue avant contre les rondins du chalet
La roue avant contre les rondins du chalet

Sur un bouleau du col, deux balises rappellent qu’on pédale dans l’Espace VTT-FFC de la Région de Guebwiller, un réseau de 20 circuits balisés (433 km en tout) créé par la communauté de communes et labellisé par la Fédération française de cyclisme. Ma boucle croise le n° 7, le circuit vert du Dreibannstein, et le n° 8, le circuit bleu du Saint-Gangolphe. Avec en plus les balises du Club Vosgien qui se relaient tout au long du parcours, on est rarement seul face à son GPS.

Les balises VTT FFC des circuits 7 et 8 sur un bouleau du col
Les balises VTT FFC des circuits 7 et 8 sur un bouleau du col
Le panneau du Club Vosgien au col du Dreibannstein, 530 m
Le panneau du Club Vosgien au col du Dreibannstein, 530 m

La descente sur le vignoble

Après le col, le sentier file vers l’est et la forêt finit par s’ouvrir sur le vignoble au-dessus de Bergholtz. Le contraste est saisissant : en quelques minutes, on passe de la futaie aux rangées de ceps, avec la plaine d’Alsace et la Forêt-Noire posées en toile de fond. Bergholtz, village mentionné dès 680, partage avec Guebwiller le grand cru Spiegel, le miroir, un lieu-dit déjà cité en 1675 pour ses vins vendus plus cher que ceux des voisins.

Au fil des saisons, ce balcon change complètement de garde-robe. Fin mai, les vignes vert tendre entourent une croix de chemin en grès rose plantée à un carrefour : l’Alsace est semée de ces croix rurales, croix de carrefour ou croix votives, dont beaucoup furent abattues à la Révolution avant d’être relevées au siècle suivant. Mi-septembre, la vigne croule sous le feuillage juste avant les vendanges.

Une croix de chemin en grès rose à un carrefour des vignes, fin mai
Une croix de chemin en grès rose à un carrefour des vignes, fin mai
La vigne de mi-septembre juste avant les vendanges, un village du vignoble en contrebas et la Forêt-Noire à l'horizon
La vigne de mi-septembre juste avant les vendanges, un village du vignoble en contrebas et la Forêt-Noire à l’horizon

Grands crus et brise-mollets

La fin du parcours remonte la vallée par les vignes à l’est de Guebwiller, et ce ne sont pas n’importe quelles vignes : Guebwiller est la seule commune d’Alsace à compter quatre grands crus, Kessler, Kitterlé, Saering et Spiegel, tous reconnus dès les premiers classements de 1983, et la boucle se faufile entre ces parcelles. Le plus spectaculaire est le Kitterlé, accroché en terrasses à des pentes qui approchent par endroits les 60 %, soutenues par une partie des plus de 50 km de murets de pierre sèche du vignoble. Les ouvriers d’autrefois l’avaient surnommé le Wadenbrecker, le brise-mollets. À VTT, on se contente de longer ces pentes-là, et franchement ça suffit 😅

Une bonne partie de ces coteaux appartient aux Domaines Schlumberger, 130 hectares dont 70 classés en grand cru, la plus vaste propriété viticole d’Alsace. Leur histoire résume la vallée : c’est Nicolas Schlumberger, industriel du textile installé à Guebwiller, qui a acheté les premières vignes vers 1810. Ici, même le vin descend de la filature.

Ces chemins de balcon au-dessus des toits se laissent pédaler en plein hiver : en février, entre les ceps taillés et les murs-terrasses de grès, Guebwiller prend le soleil comme en avant-saison.

Chemin de vigne en balcon le long d'un mur de pierres sèches, en février
Chemin de vigne en balcon le long d’un mur de pierres sèches, en février
Au-dessus des toits de Guebwiller, l'entrée du Florival en plein soleil d'hiver
Au-dessus des toits de Guebwiller, l’entrée du Florival en plein soleil d’hiver

Les Alpes au bout des vignes

Et puis il y a les soirs de grâce. Par air limpide, la vue depuis ces coteaux ne s’arrête pas à la Forêt-Noire : plein sud, au-dessus de la ligne sombre du Jura, les Alpes bernoises pointent à environ 160 km à vol d’oiseau, Eiger, Mönch et Jungfrau en tête. Le phénomène se mérite, il faut un air froid et bien lavé, plutôt en automne ou en hiver, et le couchant aide. Un soir de mars, la récompense a été complète : les terrasses rosies, Guebwiller et son clocher en contrebas, et toute la chaîne teintée de rose à l’horizon. J’avais déjà assisté au même spectacle depuis le Schauenberg, quelques kilomètres plus au nord : ces balcons du vignoble sont décidément de bonnes tribunes à Alpes. Sur le zoom ci-dessous, le bourg au premier plan, avec son clocher de grès, est Soultz, et on aperçoit même un bout de Mulhouse au second plan.

Les terrasses au couchant, Guebwiller et, tout au fond, les Alpes rosies
Les terrasses au couchant, Guebwiller et, tout au fond, les Alpes rosies
Au téléobjectif, les Alpes bernoises enneigées au-dessus de la ligne du Jura, Soultz au premier plan
Au téléobjectif, les Alpes bernoises enneigées au-dessus de la ligne du Jura, Soultz au premier plan

Le retour sur Buhl se fait par le Trottberg, le plateau qui termine le Schimberg côté vallée (on y a relevé des traces d’habitat très ancien, dont une hutte à foyer circulaire), avant que la piste cyclable ne ramène au parking de l’école. La boucle est bouclée. Jusqu’à la prochaine sortie.

En pratique

  • Départ : parking de l’école de Buhl, rue de l’École.
  • Parcours : 16,82 km et +369 m de dénivelé, environ 2 h. Difficulté moyenne au sens VTT, sans passage technique notable : les avis laissés sur la fiche parlent d’un parcours sans difficulté particulière.
  • Période : praticable toute l’année, chaque saison a son charme, cet article en témoigne. Pour apercevoir les Alpes, visez un air froid et limpide, plutôt en automne ou en hiver.
  • La pause : les tables de pique-nique et le refuge du col du Dreibannstein, en accès libre.
  • Pour prolonger : le topoguide de l’Espace VTT-FFC de la Région de Guebwiller (20 circuits, 433 km) est en vente à l’office de tourisme (14 euros).

Envie de la faire ?

La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle sont sur Visorando, dans la fiche que j’ai rédigée.