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Ojców, le petit parc national qui voit grand

C’est le plus petit parc national de Pologne, et il n’en donne vraiment pas l’impression. Un dimanche d’août, grand beau temps, je suis parti arpenter le Parc National d’Ojców, à une vingtaine de kilomètres au nord de Cracovie : une boucle de 12 km entre deux vallées calcaires, deux grottes, un château et une chapelle posée sur une rivière. Petite précision qui me tient à cœur : c’est sur ces sentiers, dictaphone en main, que l’idée de ce nouveau format d’articles est née. Autant dire que cette rando a une saveur particulière.

Par la Porte de Cracovie

Le parc d’Ojców, créé en 1956, protège une vingtaine de kilomètres carrés de plateau entaillé par la Dolina Prądnika et la Dolina Sąspowska, un calcaire criblé de plusieurs centaines de grottes dont la chauve-souris est l’emblème. Je logeais juste à côté, en bord de boucle : j’ai donc attaqué le circuit en plein milieu, quitte à recaler le départ officiel plus tard. Vous verrez, c’est toute une histoire.

Premier temps fort de la matinée, et pas des moindres : la Brama Krakowska, la « Porte de Cracovie ». Deux piliers de calcaire d’une quinzaine de mètres encadrent le passage du sentier, en souvenir de l’ancienne route commerciale qui reliait Cracovie à la Silésie par la vallée. Entre les deux, la vue file droit sur les aiguilles blanches des Skały Koronne, de l’autre côté de la Dolina Prądnika. Difficile de rêver plus belle entrée en matière.

Les Skały Koronne, vues entre les deux piliers de la Brama Krakowska

Passé la porte, le sentier remonte un vallon encaissé entre les rochers moussus, le Wąwóz Ciasne Skałki. Le chemin y est très accidenté, entre marches de pierre et passerelles de planches : de bonnes chaussures s’imposent, et ce n’est clairement pas un terrain à poussette.

Le sentier rocailleux du Wąwóz Ciasne Skałki
Une des passerelles de planches du vallon

La grotte du roi Łokietek

En haut du vallon, un large chemin caillouteux poursuit la montée en forêt, ponctué de croisements garnis de bancs, parfaits pour souffler. Il mène au point haut du parcours, la Jaskinia Łokietka, la plus vaste grotte du parc avec environ 320 m de galeries.

Le large chemin caillouteux qui monte vers la Jaskinia Łokietka

La légende veut que le roi Władysław Łokietek s’y soit caché six semaines pour échapper aux troupes de Venceslas II de Bohême, sauvé par une toile d’araignée tendue devant l’entrée qui aurait détourné ses poursuivants. La visite est payante (30 zł plein tarif, 21 zł en tarif réduit cet été) et je ne suis pas entré. Verdict sur place : si vous ne comptez pas visiter la grotte, l’aller-retour depuis le croisement aux bancs ne vaut pas vraiment le détour. Je suis donc redescendu par le même chemin, jusqu’à un virage qui domine les étangs à truites du fond de vallée, au rocher de la Jonaszówka. De là, un escalier de pierre serpente jusqu’en bas.

La douceur de la Dolina Sąspowska

En bas m’attendait mon passage préféré de la journée : la remontée de la Dolina Sąspowska, un vallon frais et boisé où le sentier accompagne la Sąspówka, un ruisseau alimenté par des sources karstiques à l’eau très pure. On s’enfonce dans la forêt, c’est ombragé, il fait frais, un vrai bonheur par une chaude journée d’été.

Le lieu a aussi sa part d’ombre. À quelques mètres du chemin, un peu cachés, deux sépultures rappellent la Seconde Guerre mondiale. La première est la fosse commune d’une vingtaine de Juifs des environs d’Ojców, âgés de 12 à 50 ans, fusillés par les Allemands en 1943. La seconde, marquée d’une croix de bois fleurie, est celle d’un partisan polonais resté anonyme, capitaine et agent de liaison de l’Armia Krajowa, ancien détenu d’Auschwitz, assassiné pendant la guerre.

La fosse commune d’une vingtaine de Juifs des environs, fusillés en 1943
La croix du partisan anonyme, dans la Dolina Sąspowska

Plus haut, une passerelle de bois enjambe le ruisseau au pied d’un énorme rocher, juste avant une aire de repos avec abri. L’endroit est vraiment joli.

L’énorme rocher qui garde la passerelle de la Sąspówka

Le sentier refranchit ensuite la Sąspówka et s’engage sur un long caillebotis de bois qui traverse une prairie humide, avant de longer un étang paisible sur un gravier blanc et fin. On alterne ensuite clairières ensoleillées et sous-bois, au gré du ruisseau.

La Sąspówka refranchie, au départ du caillebotis
Le long caillebotis qui file à travers la prairie

Le raté du jour et le vrai départ

C’est là que j’ai réussi mon raté de la journée. Tout à mes enregistrements, j’ai continué tout droit au fond du vallon alors qu’il fallait bifurquer juste après l’abri de la clairière, sur le sentier qui monte vers Złota Góra, balisage vert à l’appui. Demi-tour, et j’en ai profité pour faire une pause ravitaillement.

Le poteau de balisage près de l’abri, là où il fallait tourner

Pause qui mérite sa parenthèse, parce que c’est une découverte de fou : les compotes au riz. On n’a pas ça en France ! Je suis tombé dessus en faisant mes courses au Kaufland : des gourdes de dessert riz-fruits sans sucres ajoutés, apparemment très polonaises, déclinées dans plein de saveurs toutes plus tentantes les unes que les autres. Une alternative bien plus gourmande aux pompotes du traileur (et du randonneur, dans mon cas !). Ce jour-là, la version tarte au cassis, avalée dans la montée du matin, était déjà très bonne. La brioche aux myrtilles de cette pause, carrément exceptionnelle. Autant dire que j’en ai ramené pas mal dans mes bagages !

La compote au riz façon tarte au cassis, testée dans la montée du matin
La version brioche aux myrtilles, engloutie à la pause

La montée en forêt débouche sur le parking de Złota Góra et là, surprise : il est immense, avec un arrêt de bus juste à côté. Décision prise sur place, c’est ici que je ferai démarrer la randonnée publiée sur Visorando, bien plus pratique pour tout le monde que mon départ d’hébergement.

Le château et la chapelle sur l’eau

Depuis le parking, un agréable sentier court en balcon dans une belle forêt de hêtres, la route en contrebas à main droite, avant de descendre vers le village d’Ojców. Il faut ensuite longer la route un moment, en faisant très attention car elle est passante.

Le sentier en balcon au-dessus de la Route Ojcowska, au départ de la boucle

En chemin, l’entrée du Château d’Ojców s’ouvre de l’autre côté de la chaussée. Élevé sur son rocher par Casimir III le Grand entre 1354 et 1370, il gardait la route de Cracovie vers la Silésie au sein du réseau des Nids d’Aigles. Démantelé par son propriétaire après 1829, il ne conserve que sa tour-porte, une tour octogonale et des pans de muraille, restaurés à la fin des années 2010. La visite est payante, je ne m’y suis pas arrêté.

Un peu plus loin apparaît l’un des monuments les plus photogéniques du coin : la Chapelle Na Wodzie, littéralement « sur l’eau », qui enjambe le Prądnik sur ses piles. Elle a été aménagée en 1901 dans les anciens bains de la station thermale, et la tradition locale raconte que le tsar ayant interdit de bâtir une chapelle « sur la terre d’Ojców », les habitants l’auraient posée sur l’eau. Belle histoire, que les historiens ne confirment pas vraiment, mais qui colle parfaitement à sa silhouette de bois mi-locale mi-alpine.

Hot-dog et obwarzanki

La suite traverse le cœur touristique du parc. Après un charmant petit parc planté d’essences étiquetées, un pont de bois franchit le Prądnik et débouche sur le centre d’Ojców : stands de nourriture, terrasses, tables de pique-nique, exposition naturaliste du parc. Et du monde, beaucoup de monde. Un dimanche d’août ensoleillé, la sortie est ultra fréquentée et trouver une place de stationnement relevait de l’enfer. Retenez la leçon : arrivez tôt.

Le pont du petit parc d’Ojców, sur le Prądnik
Le Prądnik et les parois calcaires au-dessus du centre d’Ojców

Au milieu des stands, j’ai craqué sur un hot-dog de chez Pasja Smaku et je n’ai aucun regret : croulant sous les oignons frits, la ciboule et les cornichons, il était tout simplement incroyable. Et pour tout dire immangeable proprement tellement il était immense 🤣 J’ai adoré. Si vous passez par là, foncez. J’ai aussi repéré partout des obwarzanki, ces anneaux de pain dorés que l’on croise à tous les coins de rue de Cracovie, dont ils sont la grande spécialité.

Le fameux hot-dog de Pasja Smaku

La grotte obscure et ses belvédères

Le hot-dog avalé en marchant, j’ai quitté le centre par la petite route qui descend la vallée, puis rejoint, après un pont et une passerelle, la large route du fond de la Dolina Prądnika. Beaucoup de piétons, presque aucune voiture, sans doute uniquement les habitants : on remonte tranquillement entre prairies et hautes parois blanches.

Le fond de la Dolina Prądnika, entre les parois calcaires

À hauteur de la caisse de la Jaskinia Ciemna, la « grotte obscure », le sentier grimpe franchement en zigzags par des escaliers de pierre. La grotte, ouverte en balcon au-dessus de la vallée, est l’un des plus riches gisements paléolithiques de Pologne : des phalanges d’enfant néandertalien exhumées en 2018 y attestent une présence humaine vieille d’environ 115 000 ans, les plus anciens restes humains connus du pays. La visite se fait à la bougie, avec un guide, car la grotte n’est pas éclairée. Là encore, je ne suis pas entré, la montée vers les hauteurs me suffisait.

Et quelle montée : la Góra Koronna enchaîne les belvédères, trois coup sur coup, puis un grand quatrième un peu plus loin, avec à chaque fois le regard qui plonge sur la Dolina Prądnika, ses prairies et ses aiguilles calcaires. C’est simple, je me suis arrêté à tous.

La Dolina Prądnika et ses aiguilles depuis les belvédères de la Góra Koronna

Le sentier joue ensuite aux montagnes russes sur la colline, passe sans y prêter attention les discrètes levées de terre d’un site fortifié du Moyen Âge, le Grodzisko na górze Okopy, et offre un dernier petit belvédère avant la grande descente en escaliers vers le fond de la vallée.

Dernier regard sur la vallée avant la grande descente

En bas, j’ai retrouvé l’escalier par lequel j’étais monté le matin même : boucle bouclée, en ce qui me concerne. Montre en main, j’ai passé près de six heures à faire cette belle rando et à profiter de ses paysages et de ses curiosités géologiques. Le parc d’Ojców est peut-être minuscule sur la carte, mais il m’a offert une journée bien remplie.

En pratique

Accès et parking. Le parc est à une vingtaine de kilomètres au nord de Cracovie. Le grand parking de Złota Góra, au départ de la boucle, est payant tous les jours de 8 h à 20 h : 8 zł (environ 1,85 €) par heure entamée pour une voiture, et le parcmètre ne rend pas la monnaie (tarifs relevés en août 2026). Un arrêt de bus le borde, avec des liaisons depuis Cracovie en saison. Les beaux week-ends d’été, le stationnement devient vite infernal dans toute la vallée : arrivez tôt, ou visez un jour de semaine.

Tarifs des sites. L’entrée du parc est gratuite, seuls les sites aménagés sont payants (plein tarif puis réduit, été 2026) : Château d’Ojców 22 et 15 zł, Jaskinia Ciemna 20 et 14 zł, Jaskinia Łokietka 30 et 21 zł, avec une attente qui peut dépasser l’heure les week-ends ensoleillés. Les tarifs sont révisés chaque année, vérifiez sur opn.gov.pl.

Difficulté et durée. 11,9 km et environ 450 m de dénivelé, cotés Moyenne par Visorando avec 4 h 40 de marche. Le circuit enchaîne les escaliers de terre, de bois et de pierre et des passages très caillouteux : bonnes chaussures indispensables, poussettes s’abstenir. Comptez large si vous visitez les grottes ou le château, j’y ai passé près de six heures sans visiter aucun site payant.

Variante. Une boucle raccourcie d’environ 5,6 km reste au fond des vallées en coupant par la Dolina Sąspowska. Reposante et jolie, mais elle laisse de côté les deux grottes, les belvédères et une bonne partie des points forts.

Restauration. Uniquement au centre d’Ojców : restaurants, terrasses et stands (hot-dogs de Pasja Smaku, glaces, obwarzanki), plus des tables de pique-nique. Ailleurs sur le parcours, prévoyez eau et encas.

Envie de la faire ?

La trace GPS et le descriptif détaillé point par point sont sur la fiche Visorando de la randonnée. Bonne balade !

Mickael LEBRET

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