Le Limberg de Sasbach, entre ruines, vignes et bord du Rhin
Un dimanche de juillet 2022, départ vers 16h30 sous un grand ciel bleu, direction Sasbach am Kaiserstuhl, sur la rive allemande du Rhin, face à Marckolsheim. La boucle se fait en deux temps : d’abord les hauteurs du Limberg, avec leurs ruines, leurs vignes et leur chapelle, puis la forêt toute plate du bord du Rhin. Un coin que je connaissais déjà, pour y être passé sous la neige un jour de février, et plus tôt encore en plein été.
Les ruines de la Limburg, le Rhin en contrebas
Depuis le stationnement de la route Am Rhein, on longe d’abord la route, puis un petit escalier et une traversée mènent au pied des vignes. Le chemin grimpe alors tout droit jusqu’aux ruines de la Limburg, perchées à une quarantaine de mètres au-dessus du Rhin, avec une croix plantée au sommet des vestiges.
Le château apparaît dans les textes entre 1215 et 1221, puis en 1239 sous le nom de « castrum de Limberch ». Il passe entre les mains des Zähringen, des Habsbourg et des comtes de Fribourg, puis des comtes de Tübingen de 1498 à 1590. Encore habitable au XVIe siècle, il est déjà en ruine en 1701, et les bombardements de 1945 emportent une bonne partie de son donjon. Il en reste des pans de murs, sur une enceinte d’environ 40 sur 80 mètres. On raconte aussi que le futur roi Rodolphe de Habsbourg serait né ici en 1218. Belle histoire, mais aucun texte de l’époque ne l’atteste, c’est une tradition bien plus tardive.

Depuis les vestiges, la vue plonge par-dessus les arbres sur l’eau turquoise du Rhin, avec la ligne bleutée des Vosges à l’horizon, côté français.
Montée en sous-bois
On passe sous l’arche en pierre des ruines, une courte descente, puis le sentier reprend la montée en forêt. Un passage étroit et ombragé, entre les hautes herbes et les fleurs du talus. Le versant boisé qui descend vers le Rhin est une réserve naturelle depuis 1973 : elle protège le plus grand bois de chênes pubescents du Kaiserstuhl, une forêt typique du sud du Rhin supérieur.

Sur les hauteurs du Limberg
Le sentier sort enfin de la forêt au milieu des vignes, sur un point haut à 258 mètres, à deux pas du sommet du Limberg (272 m). Vers l’est, la vue file sur la plaine de Bade, ses champs et ses villages, jusqu’à la Forêt-Noire qui ferme l’horizon.

Ce petit relief est un volcan, ou plutôt un rejeton tardif du grand volcan du Kaiserstuhl. C’est même ici qu’a été trouvée et décrite pour la première fois la limburgite, une lave qui tient son nom du lieu. Les vignes occupent le plateau et le versant est, là où le lœss recouvre la roche. Côté Rhin, la pente boisée est entaillée par plusieurs carrières. Et bien avant le château, le plateau était déjà habité : les archéologues y ont trouvé une fortification néolithique, un oppidum celtique avec son rempart et deux camps romains.

Ces vignes, je les avais déjà vues sous un tout autre jour, un midi de février 2017 : une fine couche de neige, du givre sur les ceps et un brouillard qui effaçait tout au-delà des premières collines.


Sur les poteaux, deux balisages se croisent. Le losange jaune est celui des sentiers locaux du Schwarzwaldverein, l’équivalent du Club vosgien pour la Forêt-Noire et le Kaiserstuhl, qui a une section dans la commune. La coquille jaune sur fond bleu signale le chemin de Saint-Jacques badois, qui passe par la commune sur sa branche vers Breisach.
La chapelle du Lützelberg
Retour en juillet. Le chemin redescend entre les vignes jusqu’à une volée d’escaliers, et en haut, la chapelle du Lützelberg (Litzelbergkapelle), façade crème et petit clocher à bulbe. À son origine, une tradition : au XVIe siècle, le Rhin charriait, dit-on, beaucoup de statues, et des pêcheurs y auraient trouvé une Pietà. Les gens du village auraient alors fait le vœu de lui bâtir une chapelle. Elle date du XVIIe siècle, et son agrandissement de 1752 lui a donné son allure actuelle. C’est toujours un lieu de pèlerinage, dédié à Notre-Dame des Douleurs, dont la statue occupe le maître-autel.


Ce dimanche-là, la porte était ouverte, sur un intérieur tout en décor baroque : autels aux colonnes marbrées de vert et de rouge, dorures, tableaux. Depuis décembre 2012, la maison de la chapelle est tenue par la Famille missionnaire de Notre-Dame, une communauté catholique qui y célèbre des offices chaque jour. Les horaires sont sur leur page, pratique pour trouver la porte ouverte.
Sasbach
On sort par le jardin de la chapelle, et c’est une franche descente vers Sasbach. Au-dessus des toits pointe le clocher de l’église Saint-Martin, mentionnée dès 1324. L’édifice actuel est baroque : l’ancienne église a été démolie en 1739, la nouvelle commencée l’année suivante et consacrée en 1749. Derrière le village, la colline de vignes coiffée d’une petite chapelle doit être l’Eichert.

Un bout de village, une dernière traversée de la grande route, et on entre dans la forêt.
La forêt et le Vieux Rhin
Changement complet de décor : c’est plat, ombragé, et l’eau n’est jamais loin. Une passerelle à l’entrée de la forêt, une digue à franchir, un pont, et on arrive au bord du Rhin, qu’on longe sur 700 mètres avant de revenir par la forêt et la digue. Cette forêt, je l’avais parcourue une fin d’après-midi de mars 2017, arbres encore nus, avec des cygnes sur les bras morts.


Le Rhin qu’on longe ici n’est pas tout à fait le grand fleuve qu’on imagine. Au nord de Breisach, il a été aménagé en « boucles » : la navigation et la plus grande partie de l’eau passent par un tronçon de canal côté français, jusqu’à l’usine hydroélectrique et l’écluse de Marckolsheim. Le lit historique, le Vieux Rhin, garde un débit réduit, et des seuils fixes en travers du fleuve y retiennent l’eau pour que la nappe phréatique ne baisse pas davantage. L’un d’eux barre le Rhin juste là où la boucle arrive au bord de l’eau. Je l’avais photographié un midi d’août 2015, puis en mars 2017, avec un cormoran posté sur son muret.



Ce Rhin, on le franchit pour venir de France, par le pont qui relie Marckolsheim à Sasbach. Le passage a une longue histoire : un bac attesté dès 1417, un pont de bateaux en 1873, détruit en novembre 1944, un pont flottant installé par l’armée française en 1945 et ouvert aux civils en 1961, puis le pont fixe actuel, 268 mètres, inauguré le 4 octobre 1984. C’était le premier pont fixe sur le Rhin entre la France et l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.
En pratique
Le départ se fait sur la rive allemande, au stationnement le long de la route Am Rhein (K5144), en venant de France par le pont de Marckolsheim. La boucle fait 6,95 km pour 115 m de dénivelé, classée facile. Il m’a fallu un peu plus de deux heures et demie, arrêts compris. La grande route se traverse à deux reprises. Un peu plus de la moitié du parcours est à l’ombre, appréciable en plein été. À la chapelle du Lützelberg, bancs, toilettes et point d’eau, selon les heures d’ouverture. Le losange jaune balise la partie dans les vignes.
Pour une sortie plus courte, on peut ne faire que la partie vallonnée (3,6 km, 110 m de dénivelé) ou que la partie plate le long du Rhin (3,4 km).
Envie de la faire ?
Le tracé et le descriptif détaillé sont sur la fiche Visorando.