Le Trou Bleu de Morez, une résurgence turquoise au bord de la Bienne

Le Trou Bleu de Morez, une résurgence turquoise au bord de la Bienne

28 septembre 2026 0 Par Mickael LEBRET

Dimanche 7 août 2022, début d’après-midi, au bord de la Bienne, à Morez. J’étais dans le Jura pour quelques jours, avec Les Rousses comme camp de base et l’envie d’en voir le plus possible : Saint-Claude, une grotte, beaucoup de nature. Ce jour-là, trois kilomètres à peine, une heure et quart de marche, et un nom qui intrigue au milieu du parcours : le Trou Bleu. Pour y aller, un sentier de découverte jalonné de panneaux, de passerelles suspendues et d’œuvres d’art.

Le sentier de découverte de la Bienne

Je pars du parking du Chemin des Pêcheurs, en marge de la Route de Saint-Claude, à Morez. À deux pas de là, un grand panneau bleu et blanc pose le décor : la carte du parcours, et la liste de ce qui attend le marcheur. Sept tables d’information numérotées, de l’eau à la forêt de versant en passant par la vie aquatique et les viaducs, et cinq œuvres d’art disséminées le long de la rivière.

Le panneau d'accueil du sentier de découverte de la Bienne, avec la carte du parcours
Le panneau d’accueil du sentier de découverte de la Bienne, avec la carte du parcours

La descente vers la Bienne est immédiate et la première passerelle himalayenne arrive au bout de cent quatre-vingts mètres. Ensuite, on ne quitte plus la rivière, en sous-bois, à quelques mètres au-dessus de l’eau.

Un cheval dans la paroi

Un kilomètre plus loin, à gauche du sentier, un cheval de trait roux entre dans la roche. La paroi ne laisse dépasser que sa croupe, sa queue et ses pattes arrière, avec une chaîne tendue qui descend jusqu’à un tronc couché au sol. Le panneau d’accueil lui donne son titre : « Le comtois passe-muraille dans la Combe Noire », de Michel Coignoux. Le cheval comtois a son berceau dans le Jura, où il a longtemps servi à débarder le bois en montagne. Celui-là emporte sa bille droit dans la falaise.

L'arrière-train du cheval de trait qui entre dans la paroi, la chaîne tendue vers le tronc
L’arrière-train du cheval de trait qui entre dans la paroi, la chaîne tendue vers le tronc

Un peu plus loin, toujours à gauche, une autre des cinq œuvres, celle-là posée au sol : un gros bloc de calcaire creusé d’une niche cubique, le fond peint en bleu vif, avec des petits galets blancs empilés dedans et sur le rebord.

Le bloc de calcaire creusé d'une niche bleue, garnie de galets empilés
Le bloc de calcaire creusé d’une niche bleue, garnie de galets empilés

Le Trou Bleu, de son vrai nom la Doye Gabet

Les œuvres et le versant sont à gauche, la rivière à droite. Et c’est de ce côté-là, sur la rive d’en face, qu’une bouche de grotte s’ouvre au ras de l’eau, au pied d’une paroi de calcaire, sur une vasque immobile dont la couleur a donné son nom au lieu. C’est le Trou Bleu, que les cartes appellent la Doye Gabet, une résurgence de type vauclusien.

Le Trou Bleu vu du sentier, à travers les arbres
Le Trou Bleu vu du sentier, à travers les arbres

La table d’information n°3 est plantée juste au-dessus, face à la résurgence, et elle raconte d’où vient l’eau. Des colorations réalisées à la perte du lac des Mortes, une dizaine de kilomètres plus haut, ont prouvé qu’elle ressortait ici. Entre les deux, le cheminement souterrain reste inconnu.

Le principe, lui, est bien établi. La pluie se charge de gaz carbonique, devient légèrement acide, s’infiltre dans les fissures du calcaire et le dissout lentement. Les fissures s’élargissent, se rejoignent, et forment à la longue un réseau souterrain où l’eau circule sans aucune filtration. C’est ce qu’on appelle un karst, et le Jura en est pétri.

La table d'information sur la géologie du Trou Bleu, la résurgence derrière
La table d’information sur la géologie du Trou Bleu, la résurgence derrière

Sous cette surface tranquille, c’est un gouffre. Des plongeurs y descendent depuis 1976 : François Jacquier ouvre la voie début juin, à 45 mètres de l’entrée et 25 mètres de fond, et le 12 du même mois un autre plongeur pousse jusqu’à 80 mètres de l’entrée et 45 mètres de fond. Dans les années qui suivent, des plongeurs suisses atteignent 320 mètres de l’entrée et 77 mètres de profondeur, là où un amas de blocs arrête la progression.

La seconde passerelle himalayenne franchit la rivière à hauteur de la résurgence. Ce dimanche-là, des gens avaient posé leurs affaires sur les rochers du lit, en contrebas du tablier.

La seconde passerelle himalayenne au-dessus de la Bienne, le Trou Bleu à droite
La seconde passerelle himalayenne au-dessus de la Bienne, le Trou Bleu à droite
Le lit de la Bienne vers l'aval, entre les dalles de calcaire de la rive gauche
Le lit de la Bienne vers l’aval, entre les dalles de calcaire de la rive gauche

Depuis la passerelle, la vue plonge droit sur l’entrée de la grotte, l’eau verte et les galets clairs du fond.

Le Trou Bleu vu depuis la passerelle, l'eau verte à l'entrée de la grotte
Le Trou Bleu vu depuis la passerelle, l’eau verte à l’entrée de la grotte

Le viaduc du Saillard

De l’autre côté de la rivière, le sentier botanique remonte le versant jusqu’à une petite route, qui ramène au parking en balcon au-dessus de la vallée. On change de commune au passage : le viaduc du Saillard est sur Morbier, quand le parking et le Trou Bleu sont sur Hauts de Bienne.

Morbier, oui, comme le fromage. La tomme à la raie noire tient son nom de ce village, et son histoire d’un problème très concret : l’hiver, les fermiers du coin n’avaient pas assez de lait pour une meule de comté. Ils caillaient donc une traite, la protégeaient sous une couche de cendre prise au fond du chaudron, et la complétaient avec la traite suivante. La cendre a laissé la place au charbon végétal, la raie noire est restée, et l’AOC est arrivée en 2000. Du fromage, forcément, j’en ai ramené en repartant 😋

Le viaduc du Saillard en contre-plongée, ses arches au-dessus de la petite route
Le viaduc du Saillard en contre-plongée, ses arches au-dessus de la petite route
Coucou ! ✌️
Coucou ! ✌️

L’ouvrage fait 97,68 mètres de long pour 46,40 mètres de haut, avec une arche centrale de 25 mètres encadrée de quatre arches de 12. Il a été construit de juin 1908 à septembre 1910 par l’entrepreneur Alphonse Trunel, sur les plans de l’ingénieur Paul Séjourné. Il porte la ligne des Hirondelles, de son nom officiel la ligne d’Andelot-en-Montagne à La Cluse, dont la section Morez-Saint-Claude qui longe la Bienne n’a ouvert qu’en 1912. Le surnom viendrait de la grâce de ses viaducs.

Séjourné et Trunel ont signé dans les mêmes années le viaduc de Morez, en plein centre-ville, plus long avec ses 238 mètres et ses neuf arches de 20, et inscrit monument historique depuis 1984.

Une table d’information plantée sous les arches détaille ce que la ligne a coûté en ouvrages d’art entre les seules gares de Morez et de Morbier : plus d’un kilomètre de tunnels et plus de six cents mètres de viaducs. Avec des noms qui valent le détour, comme le souterrain des Frasses, dit tunnel du Fer à cheval, trois quarts de cercle sur 1 044 mètres.

La carte des tunnels et viaducs entre les gares de Morez et de Morbier
La carte des tunnels et viaducs entre les gares de Morez et de Morbier

Après le viaduc, la route file en balcon, le bois d’un côté, la vallée et quelques toits de l’autre. C’est la partie la moins ombragée du parcours, herbe jaunie sur les bas-côtés en ce mois d’août.

La petite route en balcon sur le retour, la vallée boisée en contrebas
La petite route en balcon sur le retour, la vallée boisée en contrebas

Un crochet par la gare

La boucle bouclée, j’ai poussé par curiosité jusqu’à la gare de Morez, à moins d’un kilomètre du parking, perchée à 735 mètres d’altitude. C’est par là que la ligne des Hirondelles quitte la ville, sur les arches que je venais de longer.

Le quai et les voies de la gare de Morez, la montagne boisée en face
Le quai et les voies de la gare de Morez, la montagne boisée en face

En pratique

Le départ se fait du parking gratuit du Chemin des Pêcheurs, en marge de la Route de Saint-Claude, à Morez (commune de Hauts de Bienne, dans le Jura). La fiche annonce 3,23 km, 1 h 10 et 78 mètres de dénivelé positif, en facile. J’ai mis une heure et quart, panneaux et arrêts photo compris.

La première moitié, en sous-bois au bord de la rivière, est la plus jolie : sentier étroit, deux passerelles, l’eau claire et le Trou Bleu. Le retour se fait sur une petite route goudronnée et peu fréquentée, plus exposée au soleil, mais c’est elle qui passe sous le viaduc. Les deux passerelles sont interdites en cas de neige ou de verglas.

Rien à manger ni à boire sur le parcours, mais le centre de Morez est à moins d’un kilomètre du départ. La boucle est courte et sans difficulté, elle se fait très bien en famille, et elle complète bien une visite de la ville.

Envie de la faire ?

Le tracé et le descriptif détaillé sont sur la fiche Visorando.