Cernay, du Lutzelhof au Plan d’eau : une boucle depuis la zone commerciale
Dimanche 4 octobre, en début d’après-midi, je me suis posé une question toute bête : peut-on partir en balade, côté nature, directement depuis la zone commerciale de La Croisière, à Cernay ? Avec la voie rapide qui coupe tout, ça ne saute pas aux yeux. Il y a pourtant un passage souterrain discret, et de l’autre côté, une boucle de 14 km entre voie ferrée touristique, forêt humide, blockhaus, plans d’eau et mémoire de 1945.
Le passage discret sous la voie rapide
Le départ se fait du grand parking de la Place des Étoiles, entre le cinéma et le parc de trampolines. On y trouve de quoi s’occuper, mais pas grand-chose à voir côté nature : la voie rapide, la D1066, fait barrière, et la traverser pour rejoindre l’autre côté n’a rien d’évident. Heureusement, une piste cyclable mène à un petit passage souterrain, très discret.



À la sortie, changement de décor immédiat : une piste cyclable bien aménagée longe une voie ferrée, derrière une clôture en bois.

Le long des rails, jusqu’à la gare Saint-André
À gauche, le grillage de l’Institut Saint-André, un grand domaine sur lequel je reviendrai. À droite, les rails, puis une petite route que l’on traverse, et soudain, une gare ! La gare de Cernay Saint-André, toute en bois, est le point de départ du Train Thur Doller Alsace. Cette association de bénévoles fait rouler un train à vapeur ou un autorail sur les 12 km qui mènent à Sentheim, dans la vallée de la Doller, sur une ligne inaugurée en 1869. Fermée aux voyageurs en 1967, elle accueille un train touristique depuis 1976.

Étangs et chemins agricoles
Un peu après la gare, la piste cyclable s’écarte des rails, et l’on arrive dans un coin plus sauvage : des étangs en contrebas, sous une ligne à haute tension que l’on entend grésiller, très nettement.



Au bout du lac, un banc invite à une pause.

Puis on tourne à gauche sur un chemin agricole, entre un champ et une rangée d’arbres.

Asphalte et voie rapide
Après les champs, la balade change de visage. On longe la voie rapide sur l’asphalte, puis la D483, route départementale que l’on suit sur quelques centaines de mètres, à l’aller comme au retour, avant d’enjamber la voie rapide par un petit pont. Ce tronçon est le moins agréable. À ce stade, je me disais qu’il se ferait plus volontiers à vélo qu’à pied : pas assez intéressant pour sa longueur.
Le Lutzelhof, des commandos à la potasse
Après le pont, un grand croisement, puis tout droit jusqu’à la ferme du Lutzelhof. Sur une façade, une plaque rappelle que les commandos du 3e groupement de choc, partis de là à l’aube du 21 janvier 1945 pour repousser une puissante offensive allemande, ont perdu en une matinée le quart de leur effectif dans la forêt du Nonnenbruch.

La ferme a une autre histoire, plus inattendue, celle de la potasse d’Alsace. Amélie Zürcher, qui s’y était installée avec son frère, fit partie des associés qui financèrent un forage à la recherche de houille dans la forêt du Nonnenbruch, à Wittelsheim. En 1904, il révéla un gisement de potasse, à l’origine de son exploitation en Alsace. On raconte qu’un rêve prémonitoire l’aurait guidée, ce qui relève plus probablement du mythe forgé après coup.
Derrière la ferme, un chemin de gravier file entre les prés, puis le long d’un champ, jusqu’à la forêt.



Forêt humide et blockhaus
Enfin un peu d’ombre ! Jusque-là, tout se passait à découvert. Il avait plu récemment, la forêt était toute humide, et c’était une petite bouffée de fraîcheur.


Au bord du chemin, de gros bâtiments de béton se succèdent, à gauche puis à droite. Bunkers ou anciens bâtiments ? J’hésitais en les apercevant derrière les arbres. Ce sont, pour la plupart, des blockhaus : des abris et des positions d’artillerie construits par l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale, en arrière du front du Hartmannswillerkopf (le Vieil-Armand). Très ruinés, ils s’observent depuis le chemin.


Le Plan d’eau de Cernay
Au bout du chemin, le Plan d’eau de Cernay apparaît d’abord au loin, entre les arbres. Il réunit deux anciennes gravières creusées dans la forêt du Nonnenbruch, dont le nom signifie « forêt marécageuse des nonnes », et l’association de pêche de la Vallée de la Thur y a ses chalets. L’eau était très basse ce jour-là, comme dans beaucoup de plans d’eau du coin, faute de pluie. Des hérons cendrés avaient les pieds dans l’eau.


Un sentier longe la rive, parfois étroit, parfois en surplomb des galets.



Seule ombre au tableau, les moustiques. Depuis mon entrée en forêt, j’étais attaqué par les moustiques et autres insectes volants, et au bord de l’eau, c’était franchement terrible : impossible de se poser. La saison ou la météo, sans doute. Des manches longues et un pantalon, plutôt de couleur claire, rendent la traversée bien plus douce 🦟


Un petit sentier mène ensuite au second plan d’eau, où une trouée dans les arbres ouvre la vue sur les Vosges.


Retour à travers bois
Un large chemin dégagé s’éloigne des plans d’eau, et la forêt s’éclaircit peu à peu.

Puis, d’un coup, on se retrouve face à la voie rapide, que le chemin longe un court moment avant de s’en écarter, vers un petit étang et la lisière du bois.


En approchant de la ferme du Lutzelhof, je quitte la lisière pour retrouver un terrain connu. Un héron passe dans le ciel, et je suis enfin débarrassé des moustiques.
L’obélisque et le domaine Saint-André
Il reste à repasser le pont et à rejoindre l’obélisque.



L’obélisque de la 4e Division Marocaine de Montagne a été érigé en 1960 sous le patronage de la maréchale de Lattre de Tassigny. Il rappelle le sacrifice des soldats de cette division lors des durs combats pour la libération de Cernay, entre le 20 janvier et le 4 février 1945.
Juste après, une petite route à dos-d’âne file à travers champs vers les bâtiments du domaine de l’Institut Saint-André, et je me demandais à quoi il servait.

Son histoire commence en 1867, quand l’abbé Georges Schnell achète une ferme de la plaine de l’Ochsenfeld, le « champ des bœufs », pour y installer un orphelinat tenu par les Sœurs de la Croix. En 1891, il devient un asile qui accueille des enfants handicapés. Détruit pendant la Première Guerre mondiale puis reconstruit dans les années 1920, l’institut est occupé le 26 janvier 1945 par le 4e régiment de tirailleurs marocains, appuyé par des chars, lors des combats de libération de Cernay. Son pavillon central à clocher et sa chapelle sont réédifiés en 1948. Géré aujourd’hui par l’Association Adèle de Glaubitz, le domaine de 38 hectares accueille près de 600 personnes en situation de handicap, et compte des écuries et une ferme : j’y ai croisé des chevaux.
Je le traverse, en passant devant un petit oratoire, entre bancs, grands espaces et un petit parc de remise en forme.

Je ressors au niveau de la gare, et il n’y a plus qu’à refaire dans l’autre sens la piste cyclable de l’aller, jusqu’au parking, vers 17 h 20.

Au final, une boucle inégale : beaucoup de route au début et à la fin, mais un cœur de balade, entre forêt humide, blockhaus et plans d’eau, nettement plus agréable. Pour une sortie qui part d’un parking de zone commerciale, il y avait de quoi voir : un petit train, des blockhaus, des hérons et pas mal d’histoire.
En pratique
- Départ : grand parking de la Place des Étoiles, dans la zone commerciale de La Croisière, à Cernay, près du cinéma. Le stationnement est gratuit.
- En transports : la gare SNCF de Cernay (TER et tram-train depuis Mulhouse) se trouve à environ 1,5 km du passage souterrain. Un arrêt de bus du réseau Fluo Grand Est, « Cernay – Institut Saint André », se trouve près de la gare Saint-André.
- Parcours : 14 km en boucle pour 85 m de dénivelé positif, donc quasiment à plat. Il m’a fallu un peu plus de 2 h 30, photos comprises (départ à 14 h 47, retour vers 17 h 20).
- Difficulté : aucune difficulté technique. Le sentier de rive est étroit par endroits, et le début comme la fin se font surtout sur route et piste cyclable.
- Période : une bonne partie du parcours est à découvert, donc peu d’ombre par temps chaud. Début octobre, les moustiques étaient très nombreux en forêt et au bord de l’eau : des vêtements longs et clairs suffisent à s’en protéger.
- Le petit train : en 2026, le Train Thur Doller circule le dimanche de juin à septembre et le mercredi en juillet et août. Vérifiez les horaires et les tarifs sur train-doller.org.
- Autre balade : une petite boucle d’environ 3 km fait le tour des plans d’eau, depuis leur propre parking.
- Restauration : restaurants et commerces au départ, dans la zone de La Croisière. Prévoyez de l’eau pour la boucle.
Envie de la faire ?
Le départ se fait du parking de la Place des Étoiles, à La Croisière, pour 14 km en boucle (un peu plus de 2 h 30, quasiment à plat). Le cœur de la balade, entre forêt, blockhaus et plans d’eau, est le plus agréable. Comptez un début et une fin surtout sur route et piste cyclable.
La fiche Visorando de cette boucle arrive bientôt : le lien sera ajouté ici.