Schwartzenthann, les ruines d’un couvent dans les bois de Wintzfelden
Le samedi 27 mai 2023, veille de la Pentecôte, je suis de retour à Wintzfelden, neuf jours après ma petite boucle dans la Vallée Noble. Cette fois, je monte aux ruines du couvent de Schwartzenthann (on l’écrit aussi Schwarzenthann, sans le « t »), d’où vient le sarcophage que j’avais vu au lapidarium du village. Une boucle de moins de 4 km en fin d’après-midi, avec un ours pour commencer.
Un ours à la fontaine
Le départ se fait au petit parking tout en haut de la rue des Vosges, à l’entrée de la forêt. À deux pas, au bord de la rue, un ours debout, sculpté dans un tronc, petit sourire aux lèvres, remplit son bassin par un bec de métal fixé… disons, au bas-ventre 😄

Ce jour-là, je l’ai photographié sous toutes ses faces pour en faire un modèle 3D, publié deux jours plus tard sur Sketchfab sous un nom qui ne laisse aucun doute : « Peeing bear fountain ».
Par le sentier, sous les arbres
Plus bas dans la rue des Vosges, le chemin du Klosterrain part vers la forêt. Une fois dans la forêt, deux options mènent aux ruines en autant de temps : un chemin large qui passe par les vignes, ou un sentier en sous-bois, qui longe davantage de vestiges. J’ai pris le sentier.

Les noms de lieux gardent la mémoire du couvent tout autour de cette montée : Klosterrain, qu’on peut lire comme « le versant du couvent », Hinter dem Kloster, « derrière le couvent », et Klostergarten, « le jardin du couvent », le lieu-dit des ruines.
L’ancien barrage
Avant les ruines, un panneau du sentier de découverte se dresse devant un mur de gros blocs couverts de mousse, à droite du sentier : c’est l’ancien barrage du couvent, dont le domaine s’étendait jusqu’ici. Il actionnait un moulin à eau et retenait un étang, qui servait aussi de vivier à poissons. En amont, le fond ensablé de l’étang et ses anciennes berges se devinent encore.

Les ruines de l’église
Un peu plus haut, la forêt s’ouvre sur un rectangle d’herbe bordé de murets de pierre : la nef de l’église du couvent. L’église mesurait environ 25 m sur 11, avec des murs épais de 90 cm.

J’ai raconté l’histoire du couvent, de son sarcophage et du codex Guta-Sintram dans l’article de ma boucle du 18 mai. Pour l’essentiel : en 1117, des chanoinesses de l’abbaye de Marbach reçoivent ce terrain au fond du vallon. En 1154, l’une d’elles, Guta, copie le codex qui porte son nom et celui de son enlumineur, Sintram, chanoine de Marbach. Le couvent est dévasté en 1298, saccagé par les paysans en 1525, et les dernières sœurs partent en 1531. Les ruines servent ensuite de carrière jusqu’au XVIIIe siècle : leurs pierres se retrouvent jusque dans les églises de Wintzfelden et de Soultzmatt.
À l’été 1969, un professeur de Guebwiller et ses étudiants sondent le terrain pour en dresser le plan. Le long d’un mur, ils tombent sur le sommet d’un arc roman, dégagé le 11 août : l’enfeu qui abritait le sarcophage. Des fouilles suivent sur le reste du site en 1970. Depuis 2010, l’association des Amis de Schwarzenthann, qui compte d’anciens fouilleurs de 1969 et 1970, entretient et met en valeur les lieux, et un sentier de découverte jalonné de panneaux a été installé en 2013.
Le lieu a aussi ses légendes. Sept passages souterrains partiraient d’ici, dont un vers Wintzfelden, et auraient caché un trésor de douze statues d’apôtres en or. Autre histoire : des gens de Rouffach auraient voulu emporter la cloche du couvent, mais l’attelage de bœufs aurait refusé d’avancer. La cloche aurait fini au clocher de l’église Saint-Sébastien de Soultzmatt.
Une croix en forêt
Passé les ruines, la boucle rejoint un chemin forestier qui monte en courbe. Sur le bord, une croix de pierre aux bras épais, seule au milieu des bois.

La boucle continue de grimper en forêt par un sentier sinueux, passe derrière le Petit Chalet, atteint son point haut à 587 m, puis redescend vers le parking par le chemin du Thannhurstel.
En pratique
- Départ : petit parking en haut de la rue des Vosges, à l’entrée de la forêt, à Wintzfelden (Haut-Rhin).
- Chiffres : 3,85 km, 200 m de dénivelé positif, point haut à 587 m. La fiche annonce 1 h 40. Facile.
- Terrain : chemins et sentiers, trois quarts du parcours à l’ombre.
- Variantes : la montée par le chemin des vignes plutôt que par le sentier, et trois boucles plus courtes, de 3,4 à 3,6 km et de 120 à 160 m de dénivelé positif.
- Sur place : le sentier de découverte fait 0,6 km, environ 30 min, avec des panneaux sur l’histoire du couvent, le codex, l’église, le cloître, l’hospice et le barrage. Depuis 2024, de nouveaux panneaux montrent aussi le couvent reconstitué en 3D.
- Pour prolonger : le lapidarium, dans le cimetière derrière l’église Sainte-Odile, en bas de la rue des Vosges, où se trouvent le sarcophage et les dalles venus du couvent.
- Quand y aller : j’y suis allé fin mai, en fin d’après-midi, quand le sous-bois est bien vert.
Envie de la faire ?
La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle se trouvent sur la fiche Visorando.