Wintzfelden, une petite boucle dans les prairies de la Vallée Noble

Wintzfelden, une petite boucle dans les prairies de la Vallée Noble

21 octobre 2026 0 Par Mickael LEBRET

Le jeudi de l’Ascension 2023, il est un peu plus de 16 h quand je pars de Wintzfelden pour une petite boucle de six kilomètres dans la Vallée Noble. Au programme : des prairies fleuries, une traversée de forêt, un oratoire isolé, une église et un sarcophage roman qui vient d’un couvent disparu. Tout cela en deux heures environ, sous un ciel resté couvert du début à la fin.

Une façade en pâtisseries

Le départ se fait au parking de la place de l’École. Juste en face, une maison de la rue Principale a toute sa façade peinte de pâtisseries et de friandises, kougelhopfs en tête. Difficile de rater le point de départ !

La maison aux pâtisseries peintes, rue Principale
La maison aux pâtisseries peintes, rue Principale

Wintzfelden compte environ 500 habitants, au fond de la vallée de l’Ohmbach, entre les pentes boisées du Rundkopf et du Mühlkopf. Ce n’est pas une commune à part entière : le village a toujours été rattaché à Soultzmatt. Il est cité dès 1255 sous la forme « Wingoltzvelden », et son nom viendrait d’un moine de Lautenbach, Wingold, qui aurait défriché les lieux.

La Vallée Noble réunit Soultzmatt, Wintzfelden, Osenbach et Westhalten. Son nom tient aux nombreuses familles nobles qui y vivaient et aux sept châteaux qui la gardaient : Zillhausen, Wasserstelzen, Rudisbourg, Wagenbourg, Blumenstein, Moenenbourg et Breitenberg. Seul le Wagenbourg subsiste, en ruine.

Dans le village, une viorne « boule de neige » est en pleine floraison. C’est une variété de jardin dont les fleurs sont toutes stériles, ce qui explique qu’elle ne donne jamais de fruits.

Viorne « boule de neige » en fleurs
Viorne « boule de neige » en fleurs

Prairies et forêt

Passé les dernières maisons, un chemin agricole s’en va à travers les prairies, vers la lisière de la forêt.

Chemin agricole entre deux prairies fleuries, vers la lisière de la forêt
Chemin agricole entre deux prairies fleuries, vers la lisière de la forêt

Ces prairies font partie d’une ZNIEFF de type 1, « Prairies du vallon de Wintzfelden et mines de fer à Soultzmatt ». Une ZNIEFF, zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique, n’est pas une protection réglementaire : c’est un inventaire qui signale les secteurs dont la faune et la flore méritent l’attention.

Au bord d’une pâture pousse un compagnon blanc. Ses fleurs s’ouvrent surtout en soirée et sentent plus fort la nuit, ce qui attire les papillons de nuit qui le pollinisent.

Compagnon blanc au bord d'une pâture
Compagnon blanc au bord d’une pâture

La boucle entre ensuite dans la forêt communale de Soultzmatt. Elle traverse la D40 au point bas, à 306 m, puis remonte sous les arbres jusqu’à 376 m avant de redescendre vers Thannwiller.

Thannwiller et son oratoire

Thannwiller est un écart de Soultzmatt : une ferme et quelques maisons. Au bord du chemin, dans la prairie, se dresse un petit oratoire de grès rose, orné d’une Vierge à l’Enfant.

L'oratoire de Thannwiller dans la prairie
L’oratoire de Thannwiller dans la prairie

L’inscription est en allemand : « Maria Mutter reine Magd. All unsre Not sei dir geklagt. » Elle se traduit par « Marie, Mère, Vierge pure, à toi nous confions toute notre peine » (« reine » veut dire pure, « Magd » vierge). Le vers semble venir d’un ancien chant marial allemand, dont une forme se lit dans un recueil de Paderborn de 1609. Un chroniqueur rapporte même que l’armée allemande en chantait une version médiévale à la bataille du Marchfeld, le 26 août 1278.

Ce jour-là, j’ai photographié l’oratoire sous toutes ses faces pour en faire un modèle 3D, publié le lendemain sur Sketchfab. Si la photogrammétrie vous intrigue, j’ai comparé des logiciels de photogrammétrie dans un autre article.

L’oratoire de Thannwiller en 3D

À la sortie du hameau, une petite route goudronnée ramène vers Wintzfelden.

À la sortie de Thannwiller, un « Petit coin » bien signalé 👀
À la sortie de Thannwiller, un « Petit coin » bien signalé 👀

L’église Sainte-Odile

De retour au village, j’entre dans l’église Sainte-Odile. D’abord dédiée à saint Georges, elle est consacrée à sainte Odile depuis 1862. Filiale de la paroisse de Soultzmatt dès 1336, elle a gardé un clocher-porche de la seconde moitié du XIIe siècle, dont l’alternance de pierres rouges et blanches rappelle un portail latéral de l’église de Murbach, et un portail sculpté de 1778 en grès jaune.

En 1859, l’église est en très mauvais état. La commune construit une nouvelle nef et un nouveau chœur, placés en travers de l’ancienne nef, sous la direction de l’agent voyer du canton, Dicker, et les habitants participent au transport des matériaux. Des pierres du couvent de Schwarzenthann auraient été réemployées dans le chantier. L’église est inscrite aux Monuments historiques depuis 1995.

Le maître-autel date de 1862, œuvre du sculpteur Faller d’Arlesheim, près de Bâle. Son devant d’autel porte l’Agneau sur le livre aux sept sceaux, et l’Agneau revient au plafond du chœur, avec la croix et l’étendard.

Le chœur et le maître-autel de l'église Sainte-Odile
Le chœur et le maître-autel de l’église Sainte-Odile
L'Agneau pascal au plafond du chœur
L’Agneau pascal au plafond du chœur

Le sarcophage de Schwarzenthann

Derrière l’église, dans le cimetière, un abri de bois protège le lapidarium : un sarcophage roman et des dalles funéraires venus du couvent de Schwarzenthann, dont les ruines se cachent dans les bois, à 1,5 km du village.

L’abbaye de Marbach, fondée vers 1089 près d’Obermorschwihr, abritait aussi une communauté de femmes. En 1117, ses chanoinesses reçoivent un terrain au fond du vallon de Wintzfelden et quittent Marbach. Elles y élèvent un oratoire consacré à la Vierge en 1124, puis un petit bâtiment conventuel. Au XIIe siècle, on compte environ 40 chanoinesses. En 1154, la chanoinesse Guta, copiste, et Sintram, chanoine de Marbach et enlumineur, réalisent ensemble le codex Guta-Sintram, aujourd’hui à la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg. Sa miniature de dédicace les montre tous les deux aux côtés de la Vierge : c’est l’une des rares représentations connues d’une femme copiste au Moyen Âge.

Le couvent est dévasté en 1298, saccagé par les paysans en 1525, et les dernières sœurs partent en 1531. Soultzmatt le rachète à l’évêque de Strasbourg en 1543, et les ruines servent de carrière jusqu’au XVIIIe siècle. En 1969, elles sont retrouvées par hasard, avec le sarcophage et des dalles funéraires. Classés Monuments historiques en 1982, ils sont installés dans ce lapidarium en 1986.

Le sarcophage de grès rose dans son abri, au cimetière de Wintzfelden
Le sarcophage de grès rose dans son abri, au cimetière de Wintzfelden

La face avant de la cuve est ornée d’une arcature aveugle sur sept colonnettes, la tranche du couvercle d’un motif de feuilles et de raisins. La cuve a abrité deux ou trois dépouilles. Sur le couvercle, trois inscriptions : « V idus Augusti obiit Gertrudis conversa », « IV idus Novembri obiit Ellenta » et « +Agnes+ ». Les deux premières donnent des dates de décès, sans l’année : le 9 août pour la converse Gertrude (une religieuse affectée aux travaux plutôt qu’au chœur), le 10 novembre pour Ellenta. Le nécrologe du codex Guta-Sintram, recoupé avec celui de la cathédrale de Strasbourg, apprend que toutes deux étaient originaires de Strasbourg. Rien ne permet en revanche de dire qu’Agnès a été inhumée ici.

Là aussi, j’en ai fait un modèle 3D.

Le sarcophage du lapidarium de Wintzfelden en 3D

Les ruines du couvent ont leur propre boucle, dans une autre de mes fiches Visorando : Les vestiges de Schwartzenthann depuis Wintzfelden, 3,85 km et 200 m de dénivelé positif.

En pratique

  • Départ : parking de la place de l’École, à Wintzfelden (Haut-Rhin), accessible depuis la rue Principale, face à la maison peinte.
  • Chiffres : 6 km, 76 m de dénivelé positif, point haut à 376 m. La fiche annonce 1 h 55, je l’ai faite en un peu moins de deux heures, séries de photos pour les modèles 3D comprises. Facile.
  • Terrain : deux tiers de chemins agricoles et de sentiers, un tiers de voies goudronnées, moitié au soleil, moitié à l’ombre. La boucle traverse la D40 au fond du vallon, puis la longe sur un tronçon avant de rentrer à Wintzfelden.
  • Quand y aller : j’y suis allé en mai, quand les prairies sont fleuries.
  • Visites : l’église Sainte-Odile était ouverte ce jour-là, et le lapidarium se voit dans le cimetière, juste derrière.
  • Pour prolonger : les ruines du couvent de Schwarzenthann, par leur propre fiche Visorando (lien plus haut).
  • Restauration : l’hôtel-restaurant La Vallée Noble, à Soultzmatt, près de la D40, et l’hôtel-restaurant À l’Arbre Vert, à Wintzfelden, sur le chemin du retour.

Envie de la faire ?

La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle se trouvent sur la fiche Visorando.