Wuenheim, une boucle dans les vignes du grand cru Ollwiller
Un samedi de mars 2023, en milieu d’après-midi, je pars de Wuenheim pour une boucle de six kilomètres à peine. Au programme : un ruisseau, un bois, un haut de coteau qui ouvre sur la plaine d’Alsace, puis des vignes de grand cru qui descendent vers le domaine d’Ollwiller. Facile à marcher, mais avec plus d’histoire qu’il n’y paraît.
Un village qui a tout reconstruit
La boucle démarre au parking de la mairie, rue Principale. Wuenheim compte aujourd’hui un peu moins de 800 habitants. La Première Guerre mondiale l’a détruit aux trois quarts : le champ de bataille du Vieil Armand (le Hartmannswillerkopf) est tout proche, et les habitants ont été évacués dès 1915. Le village comptait 1 031 habitants en 1910, il n’en restait que 662 en 1921. Il a été reconstruit dès 1920, et la commune a reçu la Croix de guerre 1914-1918.
La rue du Col Amic, par laquelle je sors du village, garde la trace de cette époque. Le col Amic, sur la route des Crêtes, a été rebaptisé en mémoire du capitaine Paul Amic, des chasseurs alpins, décoré pour sa bravoure au Hartmannswillerkopf.
Un pont, un bois, des pèlerins
Passées les dernières maisons, un chemin de terre franchit le Wuenheimerbach sur un petit pont et monte dans le bois.

C’est là que je rejoins le Chemin de Compostelle, dont l’étape de Guebwiller à Thann passe par la basilique de Thierenbach, à un kilomètre au nord. Le Gros Chêne, d’où part la petite boucle de Thierenbach, n’est qu’à 270 m environ de ce croisement.
Puis la forêt s’efface d’un coup, et la plaine d’Alsace s’ouvre à perte de vue, jusqu’à la Forêt-Noire. C’est le point haut de la boucle, à 368 m.

À la lisière, une stèle de grès rose m’arrête. Un poème gravé s’adresse au pèlerin en trois strophes qui commencent toutes par « Pèlerin » : lève-toi et mange, lève-toi et bois, lève-toi et marche. Il est signé « Ultreia, Marcel l’Alsacien » et daté de mars 2012. Le premier vers rappelle l’ange du Livre des Rois qui dit au prophète Élie de se lever et de manger, car le chemin qui lui reste est long. Quant à « Ultreïa », c’est une expression de joie que se lancent les pèlerins de Compostelle depuis le Moyen Âge, du latin ultra, au-delà.
Devant la stèle, un petit édicule surmonté d’une statuette de pèlerin invite à déposer une pensée, et des coquilles Saint-Jacques s’alignent à son pied.

Dans les vignes, face à la plaine
Je longe ensuite les rangs, nus en cette saison. Au-dessus d’un bois, un clocher pointe au loin : celui de l’église Saint-Blaise de Hartmannswiller, village de la boucle de Hartmannswiller et Berrwiller faite deux semaines plus tôt. L’église et son cimetière fortifié ont aussi leur article.


Ollwiller, un grand cru et un château
Puis le chemin redescend, et les vignes dévalent vers les bâtiments jaunes du domaine d’Ollwiller.

Je marche en plein grand cru Ollwiller. L’appellation « Alsace grand cru » est accordée par décret, lieu-dit par lieu-dit, et l’étiquette porte alors le nom du cru et le millésime. Le premier cru reconnu, le Schlossberg, date de 1975. Un décret du 23 novembre 1983 en a ajouté plusieurs, Ollwiller compris, portant le total à 25. Il y en a 51 aujourd’hui. Ici, 35,86 hectares de coteau exposé au sud-est, sur un sol marno-gréseux, à l’abri des vents dominants grâce au Freundstein et au Vieil Armand. On y cultive surtout du riesling (près des deux tiers des vignes), puis du gewurztraminer et du pinot gris.
Au bord du chemin, le panneau n° 13 du Sentier viticole de Wuenheim raconte tout cela, et un petit lutin vigneron y demande « Vois-tu le beau château ? », celui qui a donné son nom au vignoble.


Le château, justement. En 1260, ce domaine de l’abbaye cistercienne de Lieu-Croissant est vendu aux Waldner de Freundstein, qui y élèvent un château cité en 1269. En 1750, le comte Dagobert de Waldner le fait détruire pour faire bâtir un nouveau château par l’architecte parisien Antoine Mathieu Le Carpentier, avec un jardin à la française, un étang et une enceinte flanquée de quatre tours rondes. En 1825, le domaine passe à Jacques Gabriel Gros, un industriel de Wesserling, dont la famille le gardera longtemps. Pendant la Grande Guerre, le château est bombardé à plusieurs reprises puis détruit, il n’en reste que les fondations. Après 1918, les communs, qui ont gardé une tour d’angle, sont aménagés en logis, et le domaine retrouve une pleine activité au début des années 1930. En 1959, il participe à la création de la cave du Vieil-Armand. Un incendie a détruit la partie la plus ancienne dans la nuit du 8 au 9 mai 2011, et en 2020 le domaine est devenu la propriété de la famille Mack, celle d’Europa-Park.
Une maison oubliée, un blockhaus
La suite est plus discrète. Peu après le domaine, une petite maison de briques abandonnée se laisse gagner par le lierre, au milieu des vignes.

Plus loin, après un court passage le long de la D5 puis un chemin agricole, un blockhaus de la Première Guerre mondiale s’allonge au bord d’une petite route. En pleine campagne, il rappelle que le champ de bataille du Vieil Armand n’était pas loin.

Je rentre ensuite à Wuenheim par la rue du Ruisseau.
En pratique
- Départ : parking de la mairie de Wuenheim (Haut-Rhin), rue Principale, entre la mairie et la caserne des pompiers.
- Chiffres : 5,9 km, environ 105 m de dénivelé positif, un point haut à 368 m. La fiche annonce 2 h, j’ai bouclé en 1 h 40 photos comprises. Facile.
- Terrain : moitié bitume, moitié chemins agricoles, avec un passage en forêt et de longs moments en pleine vigne.
- Quand y aller : le parcours est essentiellement au soleil, donc à déconseiller par temps chaud. Il est très agréable de l’automne au printemps, et la fin d’après-midi en mars donne de belles lumières sur la plaine.
- Pour prolonger : la basilique de Thierenbach est à environ 1 km au nord du croisement avec le Chemin de Compostelle, et Hartmannswiller à quelques centaines de mètres après la traversée de la D5.
Envie de la faire ?
La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle se trouvent sur la fiche Visorando.