Hartmannswiller et Berrwiller, une boucle entre vignes, cigogne et pierres de château
Un samedi de mars 2023, en fin d’après-midi, j’ai fait le tour de Hartmannswiller et de Berrwiller par les champs et les vignes. Les photos de l’église et du cimetière fortifié que j’avais publiées ici la même année viennent de cette sortie : la visite n’était qu’une étape d’une boucle de moins de 6 km. Voici la balade entière.
Une rue du Château, un clocher au bout
Départ vers 15 h 50 du parking de la salle polyvalente, par un après-midi ensoleillé, le ciel clair avec un peu de brume au loin. Dès le parking, une passerelle enjambe le Fridolinsbach, le ruisseau du village, qu’on longe un moment avant de tourner dans la rue du Château. Elle file droit vers le clocher pointu de Saint-Blaise.

Le château de Hartmannswiller se tient sur la gauche de cette rue, en retrait. Cité dès 1308, il tombe en ruine au XIVe siècle, puis il est relevé à la fin de ce siècle par les Waldner de Freundstein. Cette famille tient aussi Berrwiller, l’autre village de la boucle, jusqu’à la Révolution. La date de 1562 est gravée sur la tourelle d’escalier du château. Il a été remanié vers 1718 puis après la Première Guerre mondiale, et il est inscrit en partie aux monuments historiques depuis 1988.
Hartmannswiller est cité pour la première fois le 31 octobre 1187 et compte aujourd’hui environ 650 habitants. Il a été ravagé à 90 % pendant la guerre de 1914-1918, et de nombreuses maisons ont été reconstruites de 1920 à 1925.
Saint-Blaise, un dehors du XVe et un dedans du XXe
L’église et son cimetière fortifié ont déjà eu leur article, la visite de Hartmannswiller, avec l’histoire de l’enceinte et la grotte de Lourdes. Classé depuis le 12 août 1920, ce cimetière est, avec celui de Hunawihr, l’un des mieux conservés d’Alsace.


Dehors, l’église est médiévale. Une église est citée ici dès 1187, et le chœur gothique actuel porte la date de 1495, gravée sur l’une de ses fenêtres. La flèche, elle, date de 1881. Dedans, c’est un autre siècle. Les autels de chêne doré et polychrome sont l’œuvre de Boehm, menuisier et sculpteur de Mulhouse, entre 1903 et 1908. Sept vitraux d’Albert Gerrer (Mulhouse, 1925) remplacent ceux de 1862, détruits pendant la Première Guerre mondiale, tout comme l’orgue Callinet de 1828, dont l’orgue de Georges Schwenkedel (buffet de 1929) a pris la place.

Vers Bertschwiller
Après l’église, la boucle quitte le village par la route de Berrwiller, puis par les chemins agricoles, en montant doucement à travers champs. Plus loin, un bout de bois mène aux premières maisons de Bertschwiller.

Bertschwiller est une annexe de Berrwiller de longue date. Les deux noms apparaissent ensemble dès le VIIIe siècle dans les archives de l’abbaye de Murbach, Bertschwiller sous la forme Beroldsvillare. C’est aujourd’hui un quartier de Berrwiller.
Les pierres de Weckenthal
Passé Bertschwiller, un chemin de gravier rejoint Berrwiller par la campagne.

Au sud de Berrwiller, hors de la boucle, se dressait le château de Weckenthal, que les Waldner avaient racheté en 1457. Les troupes de Reinhold de Rosen l’ont incendié en 1652, et vers 1718, des pierres de ses ruines ont servi aux travaux du château de Hartmannswiller, celui de la rue du Château.
Berrwiller compte aujourd’hui environ 1 300 habitants. Il a lui aussi souffert de la guerre de 1914-1918 : évacué, il a été en partie détruit.
Une cigogne à la sortie de Berrwiller
À la sortie nord du village, un nid de cigogne coiffe un grand mât habillé d’un arbre en métal découpé. Une cigogne y était couchée.

En Alsace, les cigognes reviennent de leurs quartiers d’hiver dès février, et celle-ci était déjà installée en ce 4 mars. L’espèce a pourtant failli disparaître de la région : on comptait 145 couples en Alsace en 1960, et seulement 9 en 1974. Avec l’élevage en enclos lancé à la fin des années 1950 par Alfred Schierer, puis relayé par l’association APRECIA, on en a compté 1 419 couples en 2021, un record.
Les vignes au soleil bas
Le chemin remonte ensuite dans les vignes, encore nues en cette fin d’hiver. Tout près, sur la commune de Wuenheim, voisine de Hartmannswiller, s’étend le grand cru Ollwiller. Vers 17 h 15, au point haut du retour, le soleil descend dans une brume dorée, et en face se dresse le dôme du Vieil Armand, à un peu plus de 4 km.


Le Vieil Armand, c’est le Hartmannswillerkopf (956 m). Son nom est celui du village suivi de « Kopf », la « tête ». « Vieil Armand » serait la déformation de Hartmannsweiler par les soldats français. Le sommet porte l’un des quatre monuments nationaux de la Grande Guerre, et son champ de bataille est classé depuis 1921.
Au sud, le clocher de Berrwiller est celui de Sainte-Brigide, une sainte irlandaise à qui l’église est dédiée depuis au moins 1441. La nef actuelle date de 1766 et le chœur de 1768, bâtis par l’entrepreneur Jean Frick à la place d’une église plus ancienne. Le maître-autel vient du collège des jésuites d’Ensisheim.
Le long du Fridolinsbach
Retour au village vers 17 h 28. Au bout de la rue du Château, le petit pont sur le Fridolinsbach fait face à une haute croix de grès, plantée dans le champ. Elle date de 1822 et mesure environ 3,20 m. Deux mains, deux pieds et un cœur y sont sculptés : ce sont les cinq plaies du Christ.


Ce petit ruisseau alimentait autrefois les douves du cimetière fortifié. Je l’ai suivi jusqu’au parking, retrouvé vers 17 h 35.
En pratique
- Accès : places de stationnement rue Louis Deiber, près de la salle polyvalente de Hartmannswiller.
- Distance et difficulté : 5,85 km, 41 m de dénivelé positif, parcours facile, compter 1 h 45. J’ai mis à peu près ce temps, visite de l’église comprise.
- Terrain : voies bitumées et chemins agricoles, presque tout au soleil. Idéal par beau temps de l’automne au printemps, à éviter par forte chaleur.
- Visites : le cimetière fortifié se visite. Le château est une propriété privée, ouverte aux Journées du patrimoine.
Envie de la faire ?
Le tracé GPS et le descriptif pas à pas de cette boucle sont en ligne sur Visorando.
Galerie
