Uffholtz et Wattwiller, une boucle sur les coteaux du Vieil Armand
Un samedi de mars 2023, un peu après 15 h, je pars d’Uffholtz pour une boucle de six kilomètres jusqu’à Wattwiller et retour. Après la boucle de Hartmannswiller et Berrwiller début mars, puis celle de Wuenheim la semaine précédente, je reste sur le piémont du Vieil Armand. Au programme : des vignes, un ciel qui ne tient pas en place, un calvaire à l’histoire singulière et deux églises relevées après la Grande Guerre.
Dans les vignes d’Uffholtz
La boucle démarre au parking face au cimetière d’Uffholtz, village d’un peu plus de 1 600 habitants. On passe d’abord devant l’église Saint-Érasme, rue du Ballon. Très fortement endommagée pendant la Première Guerre mondiale, elle a été reconstruite de 1924 à 1927 sur les plans de Louis Schwartz. La façade et le clocher sont en grès rouge taillé, et une Assomption de la Vierge orne la façade en bas-relief.
Puis la route monte vers les vignes. Ce sont celles des coteaux du Vieil Armand, le vignoble que partagent Cernay, Steinbach, Uffholtz et Wattwiller : environ 150 hectares en AOC Alsace, exploités depuis plus de 1 200 ans au pied du champ de bataille du Hartmannswillerkopf. Steinbach et Wattwiller sont réputés pour leur pinot noir, Uffholtz mise sur le gewurztraminer. Sur la ligne de front en 1914-1918, le vignoble a été entièrement détruit, et les vignerons ont replanté les coteaux depuis.
En haut de la grosse montée, je fais décoller le drone. Sur la plaine d’Alsace, une averse tombe en rideau sous un ciel très noir, pendant que le soleil perce au-dessus des vignes.
D’un côté à l’autre du coteau, ce n’est pas le même temps.


Le Sanctuaire de la Vache
Un peu plus loin, au bord du chemin de terre, se tient un petit oratoire de bois. C’est le calvaire du Nodelberg, qu’on appelle communément « le Sanctuaire de la Vache ». Une tête de vache sculptée trône à côté, sur une souche, et le panneau de la commune raconte d’où vient ce nom.


Le 11 octobre 1901, Marie Gribling, née Zurbach, traverse le Nodelberg pour aller chercher des pommes de terre quand une vache enragée, échappée d’un enclos, se rue sur elle. La bête tente de l’encorner et de la piétiner, et lui enfonce plusieurs côtes. Gravement blessée, elle implore la Vierge. C’est alors qu’un garçon de dix ans, Martin Iselin, encouragé par deux femmes qui passaient par là, éloigne la vache à coups de branches et de cailloux. Marie Gribling survit à ses blessures et, en remerciement, fait réaliser un ex-voto, toujours visible à la basilique de Thierenbach, dans la cage d’escalier qui mène à l’orgue. La basilique et ses ex-voto ont leur propre article.
Martin Iselin, lui, est mobilisé dans l’armée allemande (l’Alsace était alors allemande) et tué le 23 juillet 1917 sur le front de l’Est. Après la guerre, Marie Gribling fait ériger le calvaire en hommage à son sauveur. Lors d’une restauration en 1990, un crucifix a pris la place de la statue de la Vierge, disparue, et le calvaire a de nouveau été rénové le 21 mai 2022 par une équipe de bénévoles, lors de la journée citoyenne de Wattwiller.
L’oratoire est aussi le treizième jalon du chemin de Saint-Jacques entre Wattwiller et Steinbach, un circuit tracé par la communauté de paroisses du pays de Cernay.
Le château Baudry et la descente sur Wattwiller
Derrière les vignes et les sapins apparaît le château Baudry, qu’on appelle encore « la Colonie ». Il a été construit avant 1930 pour l’industriel Baudry par les architectes Charles Schulé et Albert Doll, autour d’une tour ronde massive, dans un style néo-régional mêlé de néo-Renaissance. En 1956, l’entreprise Pont-à-Mousson l’achète et en fait une colonie de vacances. Il abrite aujourd’hui des logements privés.

Puis Wattwiller apparaît en contrebas. Le village compte lui aussi un peu plus de 1 600 habitants.

Un ruisseau, une église
En bas, un pont franchit le Siehlbaechle. Juste avant, un sentier, le Stadt Weg, part le long du ruisseau.



À deux pas du pont se trouve la Fondation François Schneider, un centre d’art consacré à l’eau, ouvert au public le 16 mai 2013. Le bâtiment est une ancienne usine d’embouteillage, réaménagée par l’architecte Daniel Villotte avec de grandes baies vitrées sur les bassins et les fontaines. François Schneider avait créé en 1992 les Grandes Sources de Wattwiller, une entreprise d’eau minérale.
Quelques minutes plus tard, un arc-en-ciel se dessine au-dessus de Wattwiller 🌈

Tout près de l’église, une grotte de Lourdes disparaît sous le lierre.

L’église Saint-Jean-Baptiste a une nef et des bas-côtés des années 1220-1230, un chœur rebâti au XVe siècle, et un clocher rénové en 1481 : cette date est gravée dans une pierre près du grand portail, avec un 4 en forme de demi-huit. C’est à cette occasion que le clocher reçoit son beffroi gothique tardif. L’église est classée Monument historique depuis 1920. Elle est aussi le premier jalon du chemin de Saint-Jacques dont l’oratoire du Nodelberg est le treizième.


Pendant la Première Guerre mondiale, les bombardements ont gravement endommagé le clocher et détruit les couvrements. L’église a été relevée en 1923-1924 par l’architecte Paul Gélis, qui a fait remonter les grandes arcades et les murs de la nef, décorés alors par le mosaïste Pierre Gaudin.
Devant le flanc de l’église se dresse le monument aux morts. Le nom de Martin Iselin figure sur la plaque de 1914-1918.

Retour par les vergers et le vignoble
Sur le retour, la boucle longe un verger de vieux fruitiers. Sur un panneau de bois, un nom : Balmacker.

Plus loin dans les vignes, je refais voler le drone. Le ciel s’est dégagé sur la plaine.

Un peu plus loin encore, un blockhaus de béton se cache sous le lierre, au bord des vignes.

La dernière descente se fait face à Uffholtz. Au-dessus des toits pointe le clocher de Saint-Érasme, et plus loin, à gauche, la flèche de Saint-Étienne de Cernay, la ville de la boucle du Lutzelhof au Plan d’eau.

En pratique
- Départ : parking face au cimetière d’Uffholtz (Haut-Rhin), au croisement de la rue du Cimetière et de la rue du Ballon.
- Chiffres : 6 km, environ 120 m de dénivelé positif, un point haut à 401 m. La fiche annonce 2 h 05, j’ai mis trois heures entre le départ et le retour, pauses et vols de drone compris. Facile.
- Terrain : deux tiers de chemins agricoles, un tiers de bitume. Les chemins de terre restent boueux après la pluie.
- Quand y aller : le parcours est essentiellement au soleil, donc plutôt de l’automne au printemps, et à éviter par temps chaud.
- Pour prolonger : la Fondation François Schneider, à deux pas du pont du Siehlbaechle, et ses expositions autour de l’eau.
Envie de la faire ?
La trace GPS et le descriptif pas à pas de la boucle se trouvent sur la fiche Visorando.
Galerie
